Quatre jours à Barcelone au moment où la ville se préparait à accueillir Léon XIV. Banderoles « Benvingut » sur les avenues, et notre avion qui décolle le jour même de l'arrivée du Saint-Père.
Il y a des coïncidences de calendrier qu’on n’invente pas. Nous avons posé nos valises au Leonardo Hotel, à deux pas des Ramblas, le vendredi 5 juin au soir. Quatre jours plus tard, le mardi 9 juin, notre Vueling décollait d’El Prat à 15h10 — quelques heures à peine avant que l’avion du pape Léon XIV ne se pose sur le même tarmac.
Une ville en habits de fête
On l’a senti dès le premier jour. Des banderoles bleu ciel flottaient le long des grandes artères avec un seul mot en catalan : « Benvingut » — bienvenue. Autour, d’autres mots dessinaient la silhouette d’une colombe portant un rameau d’olivier : Pau (paix), Esperança (espérance), Humanitat, Diversitat, Respecte. Barcelone n’avait plus accueilli de pape depuis Benoît XVI en novembre 2010, venu consacrer la Sagrada Família. Seize ans d’attente, ça se voit dans une ville.

2026 n’est pas une année comme les autres pour Barcelone : c’est le centenaire de la disparition d’Antoni Gaudí, mort en juin 1926, renversé par un tramway à quelques rues de son chantier inachevé. Le pape est venu clore ce cycle d’une manière spectaculaire : le 10 juin au soir, après une messe dans la basilique, il a inauguré et béni la tour de Jésus-Christ — la plus haute de la Sagrada Família, celle qui fait culminer l’œuvre de Gaudí à plus de 170 mètres.
Nos quatre jours, loin de la foule
Nous, on a fait notre Barcelone habituelle — c’est notre ville de cœur, on y revient plusieurs fois par an. Le marché de la Barceloneta le samedi matin, quand les habitants font leurs courses et que les touristes dorment encore. Les jardins de la Fundació Joan Miró à Montjuïc, une bulle de calme avec vue sur la ville. La Cascada Monumental du parc de la Ciutadella, ce délire baroque doré auquel un certain jeune Gaudí, encore étudiant, aurait d’ailleurs contribué.

Le lundi soir, dîner chez Cañete, une institution du Raval — comptoir en marbre, jambon découpé au couteau, gambas a la plancha. Réservez, toujours. C’était notre dernière soirée, et la ville commençait déjà à se densifier : barrières le long de certains axes, écrans géants en cours d’installation pour ceux qui ne pourraient pas approcher le parcours papal.

Le 9 juin, deux avions se croisent
Le mardi matin, direction l’aéroport. Pendant que nous embarquions pour Bruxelles, Léon XIV atterrissait à El Prat pour la deuxième étape de son voyage apostolique en Espagne, après Madrid. Son programme : prière à la cathédrale Sainte-Croix-et-Sainte-Eulalie, veillée au Stade olympique Lluís Companys — 49 000 places, l’enceinte des Jeux de 1992. Le lendemain : visite du centre pénitentiaire Brians 1, chapelet à l’abbaye de Montserrat, puis l’apothéose à la Sagrada Família.
On a raté le pape à quelques heures près. Mais on a eu mieux, peut-être : une Barcelone à la fois fébrile et encore vivable, en train de se faire belle pour l’Histoire.

Sources
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