Barcelone dans le noir — le jour du grand blackout ibérique

Barcelone, Espagne

Barcelone dans le noir — le jour du grand blackout ibérique

30 avril 2025 · 6 min de lecture

J'ai atterri à El Prat au moment précis où toute la péninsule Ibérique perdait le courant. Récit d'une journée sans électricité, sans réseau, sans cash — et d'une nuit de fête improvisée dans une ville rendue au silence.

Certaines dates s’impriment. Le 28 avril 2025, j’ai posé le pied à l’aéroport de Barcelone-El Prat pile au moment où toute la péninsule Ibérique basculait dans le noir. À 12h33, l’Espagne, le Portugal, Andorre et une partie du sud de la France perdaient le courant en quelques secondes — 15 GW de production débranchés d’un coup. Je ne le savais pas encore.

« Pourquoi pas de taxi ? »

À la sortie du terminal, la file de taxis ne bougeait pas. Les bornes ne répondaient plus, les cartes ne passaient pas, les chauffeurs discutaient entre eux, perplexes. Je pestais contre l’aéroport sans comprendre que c’était toute une nation qui venait de s’éteindre. Par chance — et je mesure la chance après coup — j’ai réussi à commander un Uber juste avant que le réseau mobile ne s’effondre complètement. Le chauffeur a démarré, et pendant qu’on roulait vers le centre, la ville s’est figée : feux tricolores morts, métro évacué, commerces plongés dans la pénombre.

Une chambre, oui. À manger, non.

Arriver à l’hôtel a été une petite épreuve en soi. Sans électricité, plus de système de réservation, plus de terminal de paiement, les serrures électroniques capricieuses. Compliqué, mais pas impossible : j’ai fini par avoir ma chambre. Restait le problème de fond — rien à manger, rien à boire. Le minibar tiédissait, la cuisine était à l’arrêt, et dans les rues, tout était fermé. Sauf, ai-je vite compris, pour ceux qui avaient du liquide. Les rares épiceries ouvertes ne prenaient que du cash, et je n’en avais quasiment pas. (Depuis ce jour, j’ai toujours un peu d’argent sur moi en voyage. Toujours.)

La chambre — de l'eau en bouteille, et pas grand-chose d'autre

Le rooftop qui sauve la soirée

Et puis l’hôtel a eu le bon réflexe : ouvrir son rooftop aux clients et laisser tout mettre sur la note de la chambre. Salut. J’ai pu manger — soyons honnêtes sur le niveau de gastronomie du jour — un paquet de chips, quelques tapas rescapées, un verre de vin tiède avec vue sur une ville sans lumières. Jamais un paquet de chips n’a eu aussi bon goût.

Le rooftop rouvert : jamón, pa amb tomàquet et un verre, pendant que la ville reste sans courant

L’ambiance : plus de peur que de mal

Le plus fou, c’est ce qui se passait en bas. Privés d’écrans, de wifi, de télé, les Barcelonais étaient descendus dans la rue. Les gens se parlaient, riaient, sortaient les bougies et les bières, faisaient la fête sur les trottoirs. Une panne géante avait accidentellement recréé ce que les villes ont oublié : des voisins qui se regardent. L’ambiance était électrique — au sens figuré, pour une fois.

Un verre au coucher du soleil, la ville rendue au silence

Le courant est revenu progressivement dans Barcelone à partir de 18h — la ville a été parmi les premières reconnectées, quand Madrid a patienté bien plus longtemps. Le lendemain, le 29, Barcelone avait retrouvé son rythme : marché de la Barceloneta, promenade au bord de l’eau, terrasses pleines. Comme si rien ne s’était passé.

Le lendemain, la Barceloneta comme si de rien n'était

Ce que j’en retiens

Plus de peur que de mal, au final. Mais trois leçons de voyageur : garde toujours un peu de cash, garde ta batterie chargée, et surtout — quand une ville entière s’éteint, ne rentre pas te terrer dans ta chambre. Descends. C’est là que ça se passe.

Sources

Toutes mes adresses à Barcelone sont dans le guide interactif — carte, filtres et itinéraires.